Brève Histoire de l'Alphajet

 

L'Alpha Jet est un appareil militaire de conception franco-allemande (Dassault Aviation - Dornier), destiné à l'entraînement pour la France (version E), ou à l'attaque au sol et à la reconnaissance pour l’Allemagne (version A).

Il a été construit à environ 500 exemplaires, utilisés par une dizaine de pays différents, et équipe la Patrouille de France depuis 1981.

 

 

Historique de sa conception

 

En 1965, alors que l'Armée de l'air française, la Luftwaffe allemande et la Royal Air Force britannique cherchent toutes trois à remplacer leurs Aérospatiale/Potez Fouga Magister, Lockheed T-33A, AMD-BA Mystère IVA, Fiat G.91R ou Hawker Hunter utilisés pour l'entraînement de leurs pilotes, la société Breguet remporte avec son projet Br-121 le concours français d'Avion école combat et d'appui tactique (ECAT) lancé début 1964.

En octobre 1964, les britanniques établissent de leur côté une fiche-programme pour un appareil d'entraînement supersonique.

Les deux projets se rapprochent début 1965 jusqu'à l'accord de coopération franco-britannique de 17 mai 1965 validant la construction d'un avion école en commun : le Jaguar, présenté conjointement par Breguet et British Aerospace Corporation et équipé de deux turboréacteurs Rolls-Royce plc/Turbomeca Adour de plus de 2 000 kg de poussée à sec.

L'Armée de l'air demande deux versions : une d’entraînement, une d’appui tactique, la Royal Air Force ne désire que la version d’entraînement. En mai 1966, la Société Européenne pour la Production de l'avion-école de Combat et d'Appui Tactique (SEPECAT) est créée par Breguet et British Aerospace Corporation de droit français. Son but est de gérer le projet et recevoir les contrats.

Un mois plus tard a lieu la fondation de la Rolls-Royce plc/Turbomeca Ltd (RRTM), de droit britannique, responsable de la mise au point et de la production des turboréacteurs Adour.

La fabrication des prototypes du Jaguar est lancée en octobre 1966 et en mars 1967, l'Adour fait ses premiers tests au banc d'essai.

Le 9 janvier 1968, le ministre français des Armées et le ministre britannique de la Défense signaient à Londres une commande de 400 appareils pour les besoins à parts égales de l'Armée de l'air française et la Royal Air Force.

La sortie d'usine du Jaguar a lieu le 17 avril 1968.

En 1970, le programme Jaguar est modifié car la RAF ne veut plus d’avion d’entraînement et l'on aboutit à l'avion d’appui tactique alourdi Jaguar.

 

 

Entre temps, les constructeurs Avions Marcel Dassault-Breguet Aviation (AMD-BA) et Dornier se sont déjà rapprochés en juillet 1969 pour répondre au besoin d'avion d'entrainement subsonique. Trois projets sont proposés :

 

            - le TA501 de AMD-BA/Dornier développé en 1968 à partir des concepts de Breguet 126 et Dornier P.375;

            - le E-650 Eurotrainer d'Aérospatiale/MBB, basé sur le fuselage du Messerschmitt 462 et de l'avion d'affaires Aérospatiale Corvette;

            - le T-291 de VFW-Fokker d'une envergure de 8,05 m, d'une longueur de 11,795 m et d'une hauteur de 3,785 m devant atterrir à moins de 185 km/h sur moins de 500 mètres, doté d'un Snecma/Turbomeca Larzac, d'un General Electric J85-GE-4 ou d'un Pratt & Whitney Canada JT15D-3[7].

À l'issue d'une compétition acharnée, le 23 juillet 1970 les deux gouvernements sélectionnent le TA501, qui prend alors le nom d'Alpha Jet. La version d'entraînement est désignée «E» tandis que celle d'attaque porte la lettre «A».

 

 

Prototypes

 

Issu des études menées de chaque côté, le premier prototype de l'Alpha Jet s'envole le 26 octobre 1973. La France reçut ses premiers avions en 1977 tandis que l'Allemagne, qui souhaitait plutôt une version d'attaque au sol attendit 1978.

 

 

Spécifications

 

L'Alpha Jet peut être armé d'un canon de 27 mm ou 30 mm en pod ventral, et emporter 2500 kg de charge offensive. Le système d'armement et de navigation de la version de combat est efficace et précis, et permet une grande flexibilité dans les missions d'attaque.

Mais ce système est obsolète depuis l'apparition des avions de combat de 3e génération (Mirage 2000, F-16, etc.).

Les avions affectés à la Patrouille de France emportent un pod fumigène sous le fuselage, dérivé du pod canon des versions de combat.

 

Version :

Alphajet E

Moteurs :

2 Snecma/Turboméca Larzac 04

Puissance :

2x 1350 kgp

Envergure :

9,16 m

Longueur :

11,85 m

Hauteur au sol :

4,19 m

Surface alaire :

18 m²

Masse à vide :

3800 kg

Masse maximale :

7250 kg

Carburant maximal

2 580 litres (avec réservoirs externes)

Consommation

700 à 800 kilos / heure

Plafond pratique :

14 600 m

Dist. franchissable 1:

2600 km

Distance de décollage

340 m

Distance d'atterrissage moyenne

500 m

Vitesse décrochage :

204 km/h

Vitesse d'approche

216 km/h

Vitesse maximale :

Mach 0,85

Facteur de charge

+12g / -6,4g

Equipage :

2 pilotes

1 en configuration lisse et sans réservoirs supplémentaires ni ravitaillement en vol.

 

 















L'Alpha Jet a été construit jusqu'en 1991 à un peu plus de 500 exemplaires et a connu un certain succès à l'export.

            - 176 ayant été livrés à l'armée de l'air française (version E)

            - 175 outre-Rhin (version A))

            - Le reste de la production a été exporté essentiellement en Belgique, en Egypte, au Maroc et au Nigéria, certains appareils ayant été par la suite revendus par l'Allemagne à des pays étrangers.

Aujourd'hui encore, les pilotes des armées de l'air françaises et belges font leur apprentissage du pilotage d'avion à réaction sur cette machine.

 

 

Variantes

 

Alpha Jet A : version d'attaque (légèrement supersonique, grâce à son nez pointu) (175 exemplaires pour l'Allemagne, certains cédés ensuite au Portugal)

 

Alpha Jet E : version d'entraînement (303 exemplaires pour 8 pays)

 

Alpha Jet E+ : version avec avionique améliorée (29 exemplaires convertis en Belgique)

 

Alpha Jet MS1 et MS2 : versions d'attaque avec avionique améliorée pour l'Égypte.

 

Projet VTX pour l'US Navy (1977-1983) : En 1975, l'US Naval Air Development Center (NADC) débute des études puis lance en septembre 1977 le concours VTX-TS (Heavier Than Air -Training Aircraft) visant à remplacer ses North American T-2 Buckeye et Douglas Aircraft Company TA-4F Skyhawk par un avion d'entraînement avancé.

Associés à Lockheed le 24 juillet 1978, AMD-BA/Dornier proposent une version peu modifiée de l'Alpha Jet A (train d'atterrissage renforcé et doté d'un diabolo, allongement du nez, etc). Après l'élimination d'une version améliorée du North American T-2 Buckeye, de l'Aermacchi MB399, de projets de General Dynamics, Grumman/Beech et Northrop/Vought, l'Alpha Jet est opposée au BAe Hawk.

Il est prévu qu'en cas de victoire Lockheed construise l'avion aux États-Unis avec AMD-BA et Dornier à raison de 350 exemplaires. Les réacteurs Turboméca/SNECMA Larzac doivent également être construits aux États-Unis par Teledyne CAE de Toledo (Ohio).

Le projet est dirigé par Jacques Bonnet et Pierre Lasala pour AMD-BA et Peter Kania pour Dornier. La coordination avec Lockheed est assurée par Raymond Derimay (AMD-BA) et Steve Myers.

Le concept de programme d'entraînement proposé par Lockheed prévoit la production de 261 avions, 39 simulateurs et d'un système automatisé de gestion de la formation. Du 8 au 25 septembre 1980, l'Alphajet A 58 (F-ZVAB), revêtu pour l'occasion d'une livrée spéciale jaune, bleue et blanche, effectue une tournée aux États-Unis. L'appareil est convoyé de France par Patrick Experton et Brad Spahr, pilote d'essais de Lockheed.

Il vole sur les bases aéronavales de Pensacola (Floride), Meridian (Mississippi), Corpus Christi (Texas), Kingsville (Texas), et Beeville (Texas) ainsi que les bases aériennes d'Andrews (Maryland) et Randolph (Texas).

L'appareil est présenté devant les membres du Congrès, du gouvernement, des officiers de haut rang, des spécialistes de l'entraînement et de pilotes instructeurs de la marine et de l'armée de l'air américaine. Le programme serré de démonstrations comprenait quatre à cinq vols quotidiens de présentation.

L'A 58 a effectué 88 vols en 18 jours ce qui représente un total d'environ 100 heures de vol. Soixante-sept pilotes américains ont pu essayer l'appareil à cette occasion. Le programme n'aboutit pas.

Bien que la fiche programme de l'U.S. Navy ait spécifié son exigence d'un biréacteur, c'est finalement le BAe Hawk produit sous licence par Mc Donnell Douglas sous le nom de T-45A Goshawk, mono réacteur, qui a été choisi en août 1983 pour des raisons de politique industrielle.

En 2005, l'U.S. Navy utilise 75 T-45A et 86 T-45C à l'avionique améliorée pour la formation de ses pilotes, ceux de l'U.S. Marine Corps et ceux de certaines marines étrangères comme la Marine Nationale française.

 

Projet  d'Alpha Jet 2 NGEA : L'Alpha Jet 2, initialement l'Alpha Jet NGEA (Nouvelle Génération École/Appui), est une version d’entraînement et d’attaque dérivée de la version MS2 (désignateur laser, VTH, centrale inertielle de navigation, etc) compatible avec le missile air-air Matra Magic 2 et dotée d'un turboréacteur Turbomeca Larzac 04-C20 plus puissant.

On suppose que l'Alpha Jet 2 NGEA qui a volé est l'un des 4 prototypes conservés par les constructeurs.

 

Projet d'Alphajet M pour la Marine nationale française (1990-1994) : Confrontée à l'usure du Fouga CM.175 Zéphyr utilisé par la flottille 59.S depuis 1960 pour l'entraînement à l'appontage, la Marine nationale étudie avec bienveillance les projets de 1986 et 1988 de Dassault Aviation.

Des approches d'un Alpha Jet sont simulées du 18 au 29 juin 1990, au moment des essais du Super-Étendard Modernisé (SEM) et de l'Étendard IV P modernisé, sur le Clémenceau (R98).

Cette version M, qui serait produite à 40 exemplaires, comporterait un train d'atterrissage renforcé, une crosse d'appontage et serait motorisée par deux SNECMA/Turbomeca Larzac 04-C6/20 délivrant 13% de poussée supplémentaire.

En juin 1991, la Marine nationale étudie également l'acquisition du McDonnell Douglas T-45 Goshawk comprenant un nouveau cockpit à deux écrans cathodiques, un capteur laser, un GPS, un canon de 20 mm en nacelle et qui serait motorisé par un Rolls-Royce plc/Turbomeca F405/401, version naval de l'Adour Mk871.

Finalement après le retrait des Zéphyr en 1994, l'État-major convient d'entraîner ses pilotes aux États-Unis à la Naval Air Station Meridian (Mississipi).