Les Sorcières de la Nuit (Fin)

Publié le par siryll

Les “sorcières de la nuit” réagirent en mettant au point diverses tactiques. Elles volaient vers leurs objectifs en rase-motte puis au dernier moment, prenaient de l’altitude avant de couper leur moteur et piquer sur leur cible. Lorsque les allemands entendaient le sifflement caractéristique du vent dans les haubans des biplans, il était déjà trop tard. Sorcières de la nuit 4

 

Pour se débarrasser des projecteurs elles se mirent à voler par groupe de trois. Les deux premières servaient de leurre en simulant une fausse attaque. Pendant ce temps la troisième pouvait attaquer sans être trop inquiétée. Puis elle allait rejoindre les deux autres pour à son tour servir d’appât et cela jusqu’à que toutes les trois aient lâché leur bombe. Il fallait des nerfs d’acier pour servir de leurre, mais cette technique était efficace.

Mais la faible vitesse du Po-2 n’était pas toujours un handicap. Equipé d’un moteur de 110CV sa vitesse maximum était de 150 km/h. Il volait donc à des vitesses bien inférieures à la vitesse minimum des chasseurs allemands. Très maniables les pilotes pouvaient voler très bas et … se cacher derrière les arbres. Même si les dégâts provoqués par ces rustiques biplans étaient relativement peu importants à cause de la faible charge de bombes (300 kg) qu’ils pouvaient emporter, le harcèlement, l’effet d’insécurité continuelle parmi les allemands étaient psychologiquement très efficace.

                        Polikarpov Po-2

Polikarpov Po-2 suite

Sorcières de la nuit 2

 Sorcières de la nuit - Po-2

Le Polikarpov Po-2 ou UT-2 est un biplan pour l'entraînement et le travail agricole, produit en URSS, de 1928 jusqu'aux années 1950. Simple à produire et à entretenir, il en fut assemblé près de 40 000 exemplaires, en vol, il se montre très fiable et pardonne la plupart des erreurs de pilotage. Bien que dépassé, bien avant la Seconde Guerre mondiale, il fut néanmoins utilisé comme avion de harcèlement de nuit et pour le transport léger, durant tout le conflit, puis en Corée. Du fait de son emploi comme avion agricole, les soviétiques le surnommèrent Кукурузник (Koukourouznik), terme dérivé de кукуруза (koukourouza qui désigne le maïs).

Le prototype de cet avion vola pour la première fois en janvier 1928. D'une conception simple et rustique, il employait un moteur de 99 chevaux, le Chvetsov M-11 à cinq cylindres en étoile. Il fut dès lors utilisé de façon massive aussi bien dans le civil, que dans l'Armée rouge. Lors de la Seconde Guerre mondiale, on trouva une utilisation au combat pour cet avion, pourtant peu performant. Il servit à harceler au sol les troupes de la Wehrmacht, au cours d'attaque en pleine nuit. La tactique employée consistait à approcher des positions allemandes à basse altitude, puis à couper le moteur et effectuer une passe de bombardement en vol plané. Bien que ces attaques fussent peu meurtrières, elles eurent un effet psychologique important, troublant maintes fois le sommeil des unités de la Wehrmacht. Un des régiments qui se distingua dans ce genre de mission, le 558e régiment de bombardement de nuit, était constitué uniquement de pilotes et de mécaniciens féminins. Certaines d'entre elles finirent la guerre avec plus de mille missions de ce type à leur actif, dont parfois dix-huit en une seule nuit, et nombre d'entre elles furent décorées du titre de Héros de l'Union soviétique, les Allemands les surnommèrent Nachthexen (les sorcières de la nuit).

Lors de la guerre de Corée, le Po-2, utilisé de la même façon, fut surnommé par les troupes des nations unies, Bedcheck Charlie. Pendant les deux conflits, le petit biplan se révéla un adversaire paradoxalement dur à abattre, car sa vitesse maximale était bien inférieure à celle de décrochage des chasseurs qui tentaient de l'intercepter, et par le fait qu'il volait à très basse altitude, parfois quelques mètres seulement. En Corée, malgré l'utilisation de radars, l'avion resta dur à atteindre du fait de sa petite taille et de sa construction en bois qui ne donnaient qu'une très faible signature radar.

Constructeur

Polikarpov

Rôle

Avion d'entraînement et d'attaque au sol

Premier vol

7 janvier 1928

Mise en service

1928

Nombre construits

+ 40 000

Équipage

2: 1 étudiant et 1 instructeur

Motorisation

Moteur

Shvetsov M-11D

Nombre

1

Type

5 cylindres en étoile

Puissance unitaire

115 ch

Dimensions

Envergure

11,40 m

Longueur

8,70 m

Hauteur

3,10 m

Surface alaire

33,2 m2

Masses

À vide

770 kg

Avec armement

1 350 kg

Performances

Vitesse maximale

152 km/h

Plafond

3 000 m

Vitesse ascensionnelle

2,78 m/min

Rayon d'action

660 km

Armement

Interne

1 mitrailleuse ShKAS

Externe

Emport de deux bombes de 120 kg ou 4 roquettes RS-82

 

Le 587ème BAP et le 588ème NBAP furent engagés dans les intenses combats de la région caucasienne au Sud de la Russie. Elles réalisèrent leurs missions, parfois plus de 15 par nuit, en résistant au meilleur groupe de chasse de la Luftwaffe : le JG-54 qui comptait quelques-uns des plus grands as de la chasse de l’histoire, notamment Erich Hartmann avec 352 victoires confirmées.

JG-54

JG-54

Les statistiques soviétiques montrent que cette unité fit 23'672 sorties et larguèrent 3000 tonnes de bombes. 23 femmes pilotes de ce régiment furent décorées de la Croix d’Or des héros de l’Union Soviétique. Ce régiment qui le 6 juillet 1943 en récompense reçu le nouveau titre de "46th Taman' Guards Night Bomber Aviation Regiment" et fut le plus décoré des forces aériennes soviétiques.

 

Si on trouve passablement de littérature sur les femmes pilotes, en revanche trop peu a été écrit sur les équipes au sol, elles-mêmes exclusivement féminines. Ces femmes avaient à traîner jusqu’aux avions des réservoirs d’air comprimé de plus de 60 kg, tirer les containers à munitions, déposer les armes, charger les bombes, exécuter les travaux de maintenance des avions et effectuer les réparations, tout cela à l’air libre et par tous les temps. Ces femmes souffrirent de gelures, de la chaleur, de stress, d’anxiété, de faim et de fatigue.

 

En été 1943, Durant la bataille de Kursk dont l'issue fut l'effondrement de tous les espoirs allemands de victoire à l'Est, les unités soviétiques féminines de combat furent engagée dans les plus féroces opérations de combats aériens de l'histoire contre le JG-54 de la Luftwaffe. Parmi les femmes pilotes qui ne servirent pas dans les 586, 587 et 588ème régiments figurait la lt. Anna Timofeyeva-Yegorova qui, dans le Caucase et en Crimée, pilota le célèbre IL-2, surnommé "le tank volant". Timofeyeva, adjointe du commandant de régiment du 805 ShAP (Régiment d'aviation d'attaque au sol) était la seule femme de son unité. Déjà grièvement blessée au début de la guerre lors d'une dangereuse mission de reconnaissance de jour, elle fut à nouveau abattue en 1945 au-dessus de l'Allemagne. Souffrant de multiples blessures, gravement brûlée elle fut capturée mais survécut à ses blessures internée dans un camp de prisonnier allemand. Lorsque les russes "libérèrent" le camp... ils l'envoyèrent dans un Goulag ! "Il n'y a pas de prisonniers russes, seulement des traîtres" avait dit Staline. Elle fut donc accusée de collaboration. Lorsqu'elle fut finalement rapatriée, elle s'aperçut que, présumée morte, elle avait été nommée à titre posthume "Héro de l'Union soviétique"...!

Ilyushin IL-2Ilyushin Il-2 Warsaw 1

 

 

 

Ilyushin Il-2 Sturmovik

Commenter cet article