La PAF – Crash d’un alphajet

Publié le par siryll

Le pilote, Sylvain Courtot (38 ans, un capitaine très expérimenté avec quelque 3.000 heures de vol à son actif - ATHOS 8 - SECOND SOLO 2010) de la patrouille qui compte huit équipiers et un remplaçant s'est éjecté mardi de son avion lors d'une séance d'entraînement au-dessus de l'aérodrome d'Orange-Plan-de-Dieu. L'Alpha Jet s'est écrasé dans un champ, tandis que le pilote, légèrement blessé et conscient, a été pris en charge par les services de secours de la base aérienne voisine d'Orange-Caritat, où sont basés des Mirage 2000 de police du ciel.

Formation diamant PAF2

Deux fois par jour, la patrouille de France, dont le leader est le commandant Virginie Guyot, s'entraîne, non à Salon-de-Provence où elle est basée, mais au-dessus de Plan-de-Dieu (Vaucluse) sur l'axe de voltige 6.940, entre deux rivières, l'Eygues et l'Ouvèze, à peu près à mi-chemin entre les villes d'Orange et de Vaison-la-Romaine. Ces repères géographiques permettent de donner un cadre aux figures répétées inlassablement par la patrouille de France avant la saison des meetings.

 Selon un témoin de l'accident, joint au téléphone par l'AFP, «l'avion descendait en virant puis s'est redressé, parallèle au sol» sans reprendre d'altitude.

«Le pilote s'est éjecté à 10 ou 15 mètres du sol, au dernier moment», a précisé ce témoin, Bruno Putty, un agent commercial qui s'était arrêté quelques instants pour observer les évolutions des Alphajet.

L'enquête sur les causes de ce crash sera conduite par le Bureau Enquêtes Accidents Défense-Air.

 

Une descente subie

 

L'éjection s'est effectuée à très basse altitude, ce que permettent ces sièges d'avions de chasse modernes équipés de puissantes fusées. La séquence est automatique. Le pilote saisit une manette au-dessus de sa tête ou entre ses jambes. Celles-ci sont plaquées contre le siège pour éviter qu'elles soient arrachées en quittant le cockpit. La verrière, grâce à des cordons explosifs, se désintègre. Le pilote, s'il en a le temps, doit bloquer sa colonne vertébrale de façon aussi verticale que possible pour éviter des déformations cervicales causées par la très forte accélération. Lors de la visite médicale d'aptitude au siège éjectable, jusqu'à une dizaine de radiographies peuvent être nécessaires pour vérifier l'intégrité de la colonne vertébrale.

Toujours de manière automatique, le parachute s'ouvre, le siège s'écarte, entraîné par un mini-parachute. Le sol arrive très vite. Le pilote qui s'éjecte n'est pas dans le même contexte psychologique qu'un parachutiste sportif sautant tous les dimanches et maîtrisant bien sa voile. Ici, le pilote choqué subit la descente et n'a pas toujours le temps de préparer son arrivée au sol. Surtout quand celle-ci se déroule entre vignes et vergers. Heureusement, le vent était faible - 8 nœuds, 15 km/h. Sinon, le parachute risquait en plus de traîner le pilote au sol. Par fort mistral, les entraînements et les démonstrations de la patrouille de France sont suspendus pour éviter de se retrouver face à cette situation.

 

Analyse de l'accident, puis reprise des entraînements

 

Les services médicaux de la base de Salon-de-Provence vont se prononcer sur l'état du pilote et peuvent le déclarer apte rapidement. Sinon, un neuvième homme participe depuis l'automne aux deux entraînements quotidiens (9 h 45-10 h 45 et 12 h 45-13 h 45) entrecoupés de briefings et de débriefings, de préparation physique, de réunions sur la technique et la sécurité. Équipier en 2009, il est prêt techniquement à prendre la place de n'importe lequel des huit autres, même en cours de saison. Le programme 2010 de la patrouille de France, qui doit être validé le mois prochain par le chef d'état-major de l'armée de l'air, n'est pas menacé.

Comme pour tout incident grave ou accident, des enquêtes internes vont être menées, notamment par le Bureau enquêtes accidents défense air, équivalent militaire du BEA, structure civile installée au Bourget. La patrouille avait perdu un pilote en 2002 lors d'un crash à Salon-de-Provence. Cette fois, l'analyse devrait être assez facile puisque le pilote pourra témoigner. De plus, les séances d'entraînement comme les démonstrations sont systématiquement enregistrées en vidéos pour améliorer la sécurité des vols et perfectionner les figures. La perte de contrôle de l'appareil peut avoir plusieurs causes, dont le blocage des commandes, la chute de puissance d'un réacteur éventuellement causée par un volatile, etc.

Le précédent crash enregistré par la patrouille remontait au 11 avril 2002 lorsqu'un Alphajet s'était écrasé dans l'enceinte de cette base aérienne. Son pilote, qui s'était éjecté mais dont le parachute ne s'était pas totalement ouvert, était décédé.

En 1967, le commandant en second de la patrouille s'était écrasé aux commandes de son Fouga Magister lors d'une démonstration au Bourget.

 

L'Alpha Jet, biréacteur biplace utilisé par la patrouille de France, sert à la formation des pilotes de chasse de l'armée de l'air à Tours et à Cazaux. Construit en 500 exemplaires par Dassault Aviation et Dornier, l'Alpha Jet a été modifié pour certains pays en avion d'armes, notamment en version d'attaque au sol livrée à l'Allemagne et à l'Égypte.

 

Les «solos», baptisés Athos 7 et Athos 8, effectuent seuls, comme leur nom l'indique, quelques-unes des figures les plus délicates des programmes de la PAF, comme des séries de croisements ou de quasi «percussions».

ATHOS 8 - SECOND SOLO 2010 

Capitaine Sylvain COURTOT
2ème année à la Patrouille de France
3000 heures de vol
Chef de Patrouille de Chasse.
1997-2000 : Base aérienne de Cambrai. Escadron de Chasse 2/12 « Picardie » sur Mirage 2000 C RDI.
2000-2002 : Base aérienne de Cognac. Instructeur sur Epsilon.
Equipier au sein de la patrouille acrobatique « Cartouche Doré ».
2002-2006 : Base aérienne de Cambrai : Escadron de Chasse 2/12 « Picardie » sur Mirage 2000 C RDI.
2006-2008 : Base aérienne de Tours : Instructeur au 1er EIV « Henri Arnaud » sur Alphajet.

 

 

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